Daniel Bordur / L'Est Républicain -19 mars 2009

Daniel Bordur In L'Est Républicain-19 mars 2009

Armelle Héliot dans L'Avant-Scène Théâtre - Février 2010

Du burlesque, encore, avec la jeune compagnie Ka de Besan çon venue présenter à l'Aquarium un spectacle étrange, La Vie burale, partition pour comédiens marionnettistes qui dessinent un monde cauchemardesque, celui d'un employé harcelé et littéralement « habité » de terrifiantes créatures, figures de ses menaçants collègues. Catherine Hugot signe la mise en scène de ce texte d'Hervé Blutsch écrit spécialement pour sa compagnie dont la vocation est ce travail original d'objets et de jeu. À suivre.

Armelle Héliot dans Figaro Blog Armelle Héliot

La veille, on était à l'Aquarium dans l'après-midi pour découvrir une jeune compagnie de Besançon accueillie pour deux représentations par François Rancillac et Antoine Caubet qui donnent une pulsation soutenue à leur théâtre. On en reparlera. Du théâtre burlesque avec acteurs, acteurs-manipulateurs, marionnettes et cauchemardesque histoire de "La Vie burale" (entendez "de bureau", mais ils pourraient intituler leur proposition "la vie brutale"..., parabole sur le harcèlement, dur, dur. On en reparle pour saluer les comédiens.

Theatre-danse.fluctuat.net

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Evene.fr/culture/critique

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Enmeuse.fr

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L'Est républicain - Tournée meusienne en décentralisation - 27 avril et 2 mai 2010

L'Est républicain - Tournée meusienne en décentralisation-27 avril et 2 mai 2010

L'ALSACE.FR : Le 16/11/2010 GIROMAGNY Marionnettes et acteurs se sont volé la vedette

Les deux représentations de La Vie Burale ont été fortement appréciées mardi 9 et mercredi 10 au Théâtre des Deux Sapins. Joué par la Compagnie Ka, ce spectacle mêle acteurs en chair et en os et marionnettes. L'auteur Hervé Blutsch a continué son exploration du monde bural mais cette fois au sein de l'entreprise. La mise en scène de Catherine Hugot permet aux marionnettes qu'elle a créées pour cette pièce de faire rire et réfléchir le public. La qualité de ces personnages animés et leur ressemblance avec les acteurs sont des raisons supplémentaires de ce succès. Il faut souligner la prestation millimétrée de chacun : les acteurs sont également manipulateurs des marionnettes à leur effigie. Il leur faut jongler entre leur rôle humain et donner vie à leur clone dont la taille évolue au cours du spectacle. À ceci s'ajoute la contrainte d'enfiler en coulisse des accessoires noirs pour ne pas être vus par le public. Cette prestation scénique a été rehaussée par la technique, sons et lumières, qui a participé à la réussite de ce spectacle. Entre fiction, cauchemar et humour, cette pièce a remporté un franc succès.

Diversions n°28 - novembre 2010

diversions n°28

Guignol VS Dr Freud - Interview radio par Jean Noël Martin

Cloué sur sa chaise, devant son ordinateur, Antoine est employé dans une agence de marketing. Il fait partie de la nébuleuse des petits clercs du binaire qui sollicitent de leurs doigts tremblants le  Grand Disque Dur. Dès le début, on rappelle : « La première chose que Dieu créa ce fut un bureau…lui, c’était un manager, le roi du marketing, en bon leader, il a su se positionner sur un marché émergeant ». Synthèse lapidaire d’une genèse revisitée, efficacité marketing oblige « focus on the point ». Il est vrai qu’il y a 2000ans, sans brainstorming, ni business plan, dans un contexte concurrentiel animé sans plus, il a su trouver un segment porteur. Et voilà pour l’évangile revisitée servie tiède comme une pizza express au rond de cuir version numérique. Demeure la question cruciale d’Alexandre surgissant du cou d’Antoine : « Pourquoi Dieu nous a-t-il abandonné ? » Bientôt l’externalisation des ressources humaines va prendre tout son sens, ce sera au détriment d’Antoine qui se verra littéralement habité par un trio d’aliens qui n’ont de cesse que de se chicaner tout en projetant de faire l’amour à trois. Selon Olga, c’est un bon moyen pour réduire les gaz à effet de serre.

Le malheureux Antoine, un Guillaume Clausse dont le jeu millimétré se déploie avec aisance tout en restant vissé devant son bureau, se voit lui-même « pantinisé » par tout ce petit monde surgissant de son abdomen. Surprise ! Il s’agit de ses collègues réduits à l’état de marottes dont la tête réduite façon Arumbaya surgit de sa poitrine au bout d’un cordon organique. Ces marottes que d’ordinaire, on enfile, quand elles ne dansent pas au bout d’un fil, finissent à leur tour par le posséder. Antoine est devenu l’homme castelet. Vampirisé, il est réduit à la somme de ses collègues et ne s’appartient plus. S’agit-il de la vision critique d’un monde en  perte de repères qui dans le même temps ne cesse de chiffrer, d’encoder et de programmer ? Tout ça aux seules fins de s’affranchir des routines et des rythmes contraignants. Sans parler d’un but moins avouable visant à réduire les coûts de production en allégeant tant que faire se peut la masse salariale, mondialisation oblige…Résultat, entre audit et ergonomie, nous voilà prisonnier du monstre Travail, incarcérés derrière d’invisibles code-barres. Pour les uns la souffrance au travail, pour les autres l’humiliation du chômage. Le Moloch-Travail ne connaît pas de milieu mais bon prince, il laisse le choix. La porte pour ceux qui ont su mettre un peu d’espérance de côté, la fenêtre pour les autres…après ça qui dira qu’on ne peut plus exercer son libre-arbitre ? Cette analyse partagée entre cynisme et fatalisme, nous avait déjà été livrée mais certes pas dans cette version là.

Avec la complicité des ses « petites mains » de manipulateurs/trice qui prennent également leur part d’acteurs/trice, la mise en œuvre de Catherine Hugot laisse la part belle à une sorte de fantastique de l’intime qui pose la question de ce que c’est que d’être soi dans le monde de l’entreprise. Au fond, le bureau n’est ici qu’un contexte comme un autre pour explorer cette composition du moi, plus proche de Guignol/Gnafron que de Freud. C’est peut-être ça la trouvaille : repenser les sacro-saints topiques freudiens, « Ça, Moi, Surmoi », avec marionnettes à fils, pantin et marottes à gaine… « l’enfer c’est les autres » entendait-on dans Huis clos…en l’occurrence, dans cette Vie Burale, comme Antoine, les « autres », on les porte en soi. Comme une collection de « je », dirait cet autre, un nommé Rimbaud qui s’y connaissait un peu en matière d’altérité.

La « Vie burale » ne donne pas de piste concernant une voie de sortie. Elle s’arrête au constat. On peut se dissoudre dans la sueur du labeur, y laisser sa santé ou sa vie, et selon Hervé Blutsch, la vie burale commence dès la vie fœtale dans une sorte de western. Il est vrai que s’il on regarde comment les  spermatozoïdes cavalent vers l’ovule, on n’est pas loin de « Règlements de comptes à OK Corral ». En témoignent, tous ces cordons ombilicaux, de souris, de téléphone, cet innocent tricot qui joue de la moelle épinière donne l’illusion d’un rattachement à cette part vitale que l’on partage avec autrui. Ce culte du lien ne serait-il pas aussi conçu pour mieux nous brider, nous entraver, nous manipuler et nous étrangler parfois ?

Jean-Noël Martin